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Tatouage miroir à deux mains Performance tatouage du 05 mai 2020 Avant de lire cet article vous devez savoir que j’avais t...

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Tatouage miroir à deux mains

Performance tatouage du 05 mai 2020




Avant de lire cet article vous devez savoir que j’avais travaillé sur un long texte entremêlant palindromes, anacycliques, ambigrammes et autres jeux d’écritures et d’images avant de passer à l’action. Du coup, j’écrivais au détriment du sens profond de ce que je me préparais à faire. Je laissais tellement la mécanique des lettres prendre le dessus que j’ai hésité à m’encrer le mot “sexes” tant il est inouï d’incarner le palindrome et l’ambigramme avec ces lettres. Mais j’ai finalement choisi d’être plus simple et d’accompagner cette performance des mots qui me sont venus à l’esprit, 5 minutes après avoir achevé de me tatouer. Les voici :

“ Aujourd’hui, j’ai fait un saut dans le temps. C’est comme la première fois, c’est peut être même pire. Je suis plus confiné que d’habitude et le fait d’être directement lié au tatouage que j’envisage de me faire m’empêche de prendre du recul. Je tremble, je ne sais pas quand commencer et pourtant  il me semble être prêt et avoir travaillé pour ça. Rater n’est pas une option et en même temps, à quelques minutes de la première piqûre, je ne sais pas ce que veut dire réussir. 

Mes yeux sont fermés pour essayer de se détendre et de se sentir physiquement prêts. Le temps passe... Le souffle devient profond. Je reste concentré… Mais rien ne se passe. Impossible de me détendre même en pensant à la futilité de la vie humaine au milieu de l’infini.

Car oui, j’avais imaginé une réaction digne de celle d’un artiste qui entre en dialogue avec le cosmos. Mais au lieu de cela, je me retrouve tel un animal accroupi dans une tanière étroite, compressé, transpirant, recroquevillé. Cette situation est inconfortable. Pourtant je suis en sécurité.
Tant pis, je veux le faire. J’ai peur, mon corps n’est pas sous contrôle mais j’ai suffisamment confiance en moi pour aller au bout de l’objectif que je me suis fixé :
utiliser simultanément chacune de mes mains pour tatouer sur chacun de mes pieds un motif palindrome réfléchi de façon symétrique.
En mettant le premier coup d’aiguille je m’attends à faire retomber la pression mais c’est l’inverse. Les dermographes sont des compresseurs qui me mettent encore plus en tension. Je suis en difficulté de par ma position et la quantité d’information que je m’envoie et que je reçois. Je suis en plein cocktail d’émotions. L’illusion de réussir d’un côté me fait dévier de l’autre… ou plutôt je me rends compte que ce que je donne d’un côté se passe effectivement en symétrique de l’autre mais que ce n’est pas stable. Je dois accepter que ça n’aille pas droit quand je m’occupe plus d’un côté que de l’autre. Heureusement, j’ai pensé un motif simple, stable, minimaliste. La structure du motif permet de compenser mon manque de contrôle.


J’ai mal car les pieds constituent une zone particulièrement sensible, surtout quand la main qui tatoue n’est pas stable. J’avance et j’arrive à me stabiliser un peu mais la douleur se fait plus intense. Je suis recroquevillé sur moi-même pour aller jusqu’au bout de ces lettres que j’ai choisies et j’ai le souffle coupé. Je suis écrasé sur mon corps. J’ai chaud. J’ai envie de repasser sur le motif mais j’ai peur de dénaturer ce qui est sorti. J’ai envie de voir et porter ce stress. J’ai envie de redécouvrir cette peur sur ma peau. Cette peur que j’ai découverte et oubliée il y a des années. J’aimerais pouvoir revivre mon premier tatouage, tout de suite, pour pouvoir le comparer et m’assurer que ce que je suis en train de vivre, tout seul dans mon atelier, est bien plus intense. C’est à ce moment que je me rends compte que je n’ai pas physiquement mal. Quand on a mal, on ne pense pas au passé ou au futur. On a juste mal au présent et on est bloqué dans notre corps sans pouvoir en sortir.
Je vois naître l’image que j’avais en tête quand je finis de tatouer en relevant les deux machines. Je me prépare à regarder un peu mieux ce que je viens de réaliser mais je ne vois rien. Du moins, je ne parviens pas à juger graphiquement ce que je viens d’achever. Je n’arrive pas à prendre du recul ou à être objectif. Je suis assis et je ferme les yeux. J’ai surtout une sensation, une sensation de chaleur plus que de douleur. Je ressent une présence intense. Je les pieds endoloris et pourtant je les ressens plus stables. Je suis soulagé. J’ai l’impression d’avoir fait le plus dur. Je ne vois pas de raté. J’imagine seulement que ce sont des caractéristiques. Je ne me pose plus la question de savoir si je trouve ça beau. L’image que j’ai imaginée va continuer de se transformer avec le temps. Maintenant, je n’ai plus qu'à rester attentif pour découvrir les subtilités qui accompagneront mes prochains pas, mais avant il faut que je fonce écrire tout ça… “


À mes fils : Noé, Léon.

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