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Parce que construire une relation de confiance ça se fait aussi en divaguant sur la durée...t ous les premiers jeudis du mois à 22h22 ...

Parce que construire une relation de confiance ça se fait aussi en divaguant sur la durée...tous les premiers jeudis du mois à 22h22 je donne une heure de live où je divague avec ceux qui veulent me rencontrer pour une première fois ou alors pour ceux qui veulent me retrouver après une séance!




"Si vous n'aviez plus qu'une semaine à vivre,
prendriez-vous le temps de vous faire tatouer ?"




Bref le mois dernier durant cette heure ensemble, un sujet est ressorti et il continue de tourner dans ma tête. Je me pose souvent la question de la légitimité et de l'utilité profonde de mon activité de tatoueur. En général pour épurer mes propos, éclaircir une composition, je prends du recul et je m'oblige à considérer mon sujet dans un espace-temps et physique beaucoup plus réduit. Et c'est sur ce même principe que la question ci-dessus est sortie.

Ça remet sur le tapis cette fameuse question "à quoi ça sert de se faire tatouer ?" Mais si on est un peu fataliste ou un peu c*n on peut aussi dire "à quoi  sert l'art" et "à quoi ça sert de vivre ?" et là je vous emmène avec moi sur les bancs de terminal en cours de philo avec un grillage de cheveux noirs corbeau devant les yeux et la discussion se terminera par trois claques (venant de vous normalement). Malgré les lois de la physique, les lois écrites fixées arbitrairement et consensuellement, nous avons encore des libertés de croire, de considérer et de ressentir. La poésie n'est restreinte que par notre sensibilité et notre faculté d’Émerveillement. Avoir la possibilité de faire quelque chose, le partager et le prendre en considération c'est un choix qui s'entretient ! Si tu ne sais pas comment expérimenter ça, force toi à rapporter une fleur chez toi et prends le temps de la regarder un petit peu tous les jours en te disant que demain tu ne pourras peut-être plus saisir cette beauté. Et tu verras que si tu fais l'exercice "sérieusement" tu risques de passer de plus en plus de temps à la regarder jusqu'à ce qu'elle fane. Et ça je ne l'explique pas en dehors du "il faut saisir ça maintenant".



Je reviens donc vite à notre échange passé pour vous rapporter les premières réactions: "bien-sûr que non, si je meurs dans une semaine j'ai des choses plus importantes à faire que de dépenser mon fric à gaspiller du temps passivement sur le fauteuil"..."Si l'on va mourir dans une semaine est ce que se faire tatouer n'est pas un geste égoïste au lieu de passer du temps avec ceux qui comptent ?"..."à quoi bon se faire mal avant de mourir ?". Je trouve ses réponses légitimes mais elles ne me conviennent pas. Je ne peux pas croire que le tatouage n'ait pas sa place à l'approche de l'abandon de notre enveloppe corporelle. Je vois la douleur comme une possible marque d'attachement et je la trouve sublime quand elle est consentie et mesurée. Quand celle-ci devient un combat que l'on veut mener et surement gagner sans craindre de se mouiller "alors que l'on pourrait se faire plaisir". N'est-ce pas-là une dernière action souvenir que l'on offre aux précieuses personnes qui nous entourent encore Le tatouage on l'emmène avec nous dans notre chair et il se désagrégera avec notre corps. Qu'on le fasse 50 ans ou une heure avant de passer l'arme à gauche. Cette simple considération me fait revoir l'ordre de mes questions pour en mettre une plus en avant: 

"Qu'est-ce que j'ai symboliquement envie d'emmener

 avec moi dans mon corps et dans la mort?"





Promis ça n'est pas un placement de produit mais mon amie Claire Sinturel a eu une réflexion intéressante: "on peut aussi se faire tatouer avec ceux qui restent" et elle a raison. Le tatouage est un point de rencontre. Se faire tatouer par celui qui va rester, se faire tatouer en même temps que celui qui va rester ça change la portée de l'action dans le temps. J'aime comparer les tatouages sans calques à des polaroïdes et donner la possibilité à quelqu'un de nous marquer sans filet et sans expérience c'est comme de prendre une dernière polaroïde ensemble. Capter un fragment de temps partagé ensemble, pas nécessairement net ou cadré mais authentique et sans filtre. Se rappeler qu'il y avait deux photos qui marchaient bien ensemble mais qu'on a quand même eu de la chance de pouvoir en garder une pour pouvoir continuer de décrire l'autre! De plus le tatouage est un instant de méditation exotique. La douleur ressentit comme dans un effort sportif nous ramène à une conscience du corps que l'on a tendance à oublier dans notre routine urbaine et sédentaire. J'ai vu de nombreuses personnes se révéler dans la douleur, se retenir de pleurer ou au contraire l'accepter et se laisser envahir par des sensations qui nous dépassent et qui nous repositionnent à notre échelle de tout petit humain insignifiant.



Moi si je devais mourir la semaine prochaine j'organiserais une journée créative avec ma femme et mon garçon de 4 ans, le plus petit lui serait dans une chaise haute pour dominer la situation malgré son innocence. J'essayerais d'expliquer à mon petit de 4 ans que je vais partir pour toujours et que là où je vais je n'aurai pas de sac à dos. Alors je lui demanderais s'il le veut bien de me dessiner dans le dos avec ma machine les choses qu'il voudrait que j'emporte avec moi, les choses qui lui semblent justes et qu'il ne faut pas oublier. Je visualise ce moment et je pense que je pleurerais silencieusement à plat ventre. Déjà parce que je l'imagine très bien "appuyer pour que ça tienne" (notre table basse en a déjà payée les frais) et deuxièmement car je ne pourrais jamais mesurer l'impact de ce geste sur le reste de la vie de mon fils ou même de ma compagne. Et oui dans ma réponse je me suis projeté tout de suite car je n'ai pas fantasmé la suite de ma vie et je suis incapable de projeter une émotion et une envie 30 ans à l'avance!



Conclusion, même si on va tous crever, se faire tatouer c'est pour la vie, mais c'est peut-être pas que pour marquer la notre. Sincèrement, j'aimerai vous lire dans les commentaires et pouvoir vous répondre. Vous à une semaine de votre mort , ça serait quoi votre projet ?

11 commentaires:

  1. Fichtre, ça c'est un article qui me fout un coup dans les tripes.
    On parle souvent du tatouage comme étant un acte personnel, qui doit se faire avant tout/exclusivement pour soit.
    Mais pourquoi le tatouage serait épargné par la relativité contextuelle?
    Cette approche est originale et très belle.
    Elle me fait aussi réfléchir sur d'autres sujet que le tatouage.
    Merci pour cet article!

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    1. "On parle souvent du tatouage comme étant un acte personnel, qui doit se faire avant tout/exclusivement pour soi." c'est un argument qui fonctionne aussi dans un sens plus large, il encourage les gens à surtout ne pas se soumettre au "qu'en dira t-on général" . C'est le culte de l'être unique qui renforce l'idée du tatouage ultraperso et pourtant bien destiné à être partagé avec le monde.

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  2. Un bel article qui amène beaucoup de questionnements sur le soi et sur l'autre. En quelques lignes apporter ce questionnement et ces éléments de réponses qui nous font réfléchir à notre ressenti c'est vraiment beau.
    Merci pour cet article !
    A une semaine de la mort, je n'arrive pas à imaginer quel projet je pourrais avoir en tête. La première vision est en effet assez égoïste mais très vite, les idées de partage et d'autrui viennent en moi. Le bonheur c'est un instant partagé, un regard, une attention. Etre en adéquation avec un lieu, un moment et notre ressenti. Pas d'action, de projet mais se laisser porter selon l'envie et l'émotion, se lâcher et ne pas mettre de barrière dans le sentiment, quel qu'il soit.

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  3. J'aime beaucoup te lire. Tes articles sont toujours intéressants, bienveillants et me poussent à la réflexion. Ça fait du bien.
    Je crois qu'à une semaine de ma mort, j'aurais du mal à demander à mes enfants ou mon conjoint de me faire mes bagages comme tu dis. Je crois que ce serait un moment trop intense, trop ds la réalité de ce qui va arriver. La douleur de l'absence ou de la future absence est si difficile. Le temps l'apaise. Est-ce qu'un tatouage peut l'apaiser?

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    1. Je n'ai pas de réponse divine à te donner. Certain souvenirs sont comme des images ( je pense toujours au format polaroid) libre à nous de voir le mauvais ou le bon côté d'avoir un souvenir. Quand tu n'as pas d'image tu as moins de matière à quoi t'attacher. Mais dans notre cas tout dépend qui marque qui. Dans ma réflexion en fait j'en suis arrivé à un point où quelques jours avant ma mort j'espère plus marquer qu'être marqué. Plus un acte de don. Mais peut-être qu'accepter de recevoir avant de partir c'est aussi faire don de soi?

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  4. Super article
    Réflexion très intéressante et perturbante

    Oui, je pense que je me ferai tatouer, pour deux raisons :
    La première, purement égoïste : combler les derniers espaces vides et visibles. Impossible à faire de mon vivant, mais s’il me reste plus qu’une semaine, soyons fou et osons !
    La deuxième, un peu comme toi, pour partager avec ma famille très proche (mes deux fils notamment). Leur expliquer la situation et partager un de nos derniers moments avec une trace indélébile sur ma peau et dans nos têtes. Ce sera riche en émotions et ça renforcera les souvenirs d’un moment spécial déjà réalisé autour du tatouage

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    1. Disons que si ils sont plus grands peut-être que c'est eux qui te demanderont d'intervenir ce coup ci!?

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    2. Effectivement!C'est pas du tout utopique même!
      Et ce serait beaucoup plus puissant dans ce sens là ...

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  5. Merci pour cet article très intéressant.

    Personnellement, j'adore mes "vrais" tatouage, mais mes préférés resteront de très loin ceux faits par mon frère ou mon cousins... Chacun de ces petits tatouage, c'est le rappel d'une super soirée, d'un putain de moment de convivialité... ou d'une grosse période de merde... C'est le livre ouvert d'une vie...

    Si je devais mourir sous peu, je préférerai au contraire tatouer mes proches, pour justement leur laisser quelque chose. Comme j'aurais aimé qu'on me laisse quelque chose :)

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    1. Je partage ton sentiment. En rédigeant ça j'ai pensé à un ami que j'ai marqué mais qui lui n'a pas eu le temps de le faire. Depuis l'une de mes jambes porte des marques brutes de ceux que j'aime sans filtre et sans consignes ... et c'est encore en cours.

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