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Tomber Amoureux en séance tatouage Une tatoueuse m'a dit un jour qu'on choisissait de tomber amoureux et que le coup ...

Tomber Amoureux en séance tatouage




Une tatoueuse m'a dit un jour qu'on choisissait de tomber amoureux et que le coup de foudre ne pouvait pas arriver si on ne sortait pas volontairement dehors sous la pluie (en réalité, j'ai rajouté la deuxième partie). J'ai longtemps réfléchi avant de me mettre à rédiger cet article. Effectivement les notions d'attirance et de muse que je veux aborder seront mal traduites le jour où quelqu'un voudra s'en prendre à moi. Mais je prends le risque tant le message est d'une origine bienveillante et toujours d'actualité...

amoureux coup de foudre dessin tatoueur olivier poinsignon soun atelier
Que ça soit bien clair, en ouvrant mon atelier privé je ne m'attendais pas à une telle proximité dans l'action tatouage. J'ai ouvert mon atelier il y a 5 ans en cherchant à reproduire les conditions de séances tatouages passées avec mes amis et ceux que j'aime. Tout simplement car mes premières "belles pièces" sont celles que j'ai réalisées en dehors du cadre du travail. Je travaille dur pour ne pas avoir l'impression de travailler. J'ai besoin de sentir que la pièce à réaliser est nécessaire pour pouvoir me transcender. Si l'empathie que l'on ressent pour un proche nous permet de toucher sa peine ou sa joie comme si c'était la nôtre, il est évident pour moi que je dois toujours trouver comment me projeter dans cet état.


"Aujourd’hui je pense être plus intime avec des centaines d'entre vous qu'avec beaucoup de membres de ma propre famille.  "

Travailler en atelier privé m'a permis de poser la montre, de ne travailler qu'avec une seule personne par jour voire même qu'une seule personne par semaine. Cette intensité, je l'ai entretenue au début et elle est allé au-delà du concept d'atelier privé à cause des personnes que cela attire. Aujourd’hui, je pense être plus intime avec des centaines d'entre vous qu'avec beaucoup de membres de ma propre famille.  Aujourd'hui, j'ai vécu des sessions de tatouage qui ne dépendaient que d'un petit geste anodin pour la masse mais dont seuls les acteurs du projet peuvent saisir toute l'importance.

En avançant les échanges sont devenus de plus en plus intenses et il n'est pas rare que mes clients pleurent avant qu'une aiguille ait touché leur peau. Si vous ne me croyez pas peut-être que ces quelques cas pourront vous aider à imaginer ce que certains mettent dans leur projet (attention, voici une longue énumération) : 

J'ai tatoué en extérieur au lever du soleil sur une bute après avoir suivi mon client dans le noir à quelques heures de chez moi.
J'ai tatoué à voix basse dans mon atelier la nuit après avoir couché mes enfants.
J'ai tatoué dans la nature sur une plage et au pied d'un arbre important.
J'ai tatoué à 3h du matin après avoir réveillé ma cliente et son mari dans mon atelier pour jouer du rêve.
J'ai tatoué dans des caves à la lampe torche pour éprouver le même frisson que mon client.
J'ai tatoué les yeux bandés, guidé par quelques mots dans l'oreille sur la thématique de la complicité.
J'ai tatoué au hasard durant  3 heures après avoir réfléchi avec ma cliente durant un an.
J'ai tatoué après avoir écouté et dansé sur la même chanson pendant 3 heures comme un adolescent.
J'ai tatoué après avoir regardé ma cliente danser sa vie dans mon atelier, en rougissant.
J'ai tatoué le plus improbable cadavre exquis sonore de deux sœurs que je sens encore dans mes bras.
J'ai tatoué les solos de Brad Mehldau à la première écoute.
J'ai tatoué après avoir lu un livre qui ne me ferait plus regarder mon client de la même manière.
J'ai tatoué des côtes après avoir un ouvert un mail que je n'aurais jamais besoin de relire.
J'ai tatoué des gens qui m'influençaient avant même notre première rencontre.
J'ai tatoué dans la confiance après avoir ramassé une feuille dans la nature comme seul point de départ d'un bras complet, mais aussi après avoir décalqué un bout de texture allongé au sol en pleine place de Jaude à l’heure de midi.
J'ai tatoué des gens du bout du monde dans mon petit atelier auvergnat (Canada, Réunion, Guyane, Australie, Autriche, Pologne, Angleterre et pays limitrophes bien-sûr...).
J'ai tatoué au Brésil, sans prononcer un seul mot pendant toute une journée, seulement guidé par des rires et des larmes pour comprendre.
J'ai tatoué un corps nu et froid au milieu d'une grande friche en Roumanie.
J'ai tatoué en 5 minutes dans une chambre d’hôtel sans bruit, sans image, comme si j'étais un fantôme.
J'ai tatoué sur le sol allongé à côté de ma cliente.
J'ai dû repousser un tatouage car nous avions oublié de regarder l'heure pendant que nous recouvrions le sol d'encre noire.
J'ai tatoué de nombreuses fois, à cheval sur mes clients masculins.
J'ai tatoué assis sur les jambes de mon client comme si j'étais son enfant.
J'ai tatoué des frères et des sœurs comme si j'étais le ciment de leur fratrie.
J'ai tatoué des parents dont les enfants venaient apporter la touche finale au projet.
J'ai tatoué ce que je ressentais à ceux qui me câlinaient.
J'ai tatoué des couples qui se sont soumis et attachés.
J'ai tatoué des couples qui se sont enlacés dans le noir.
J'ai tatoué des personnes nues qui m'ont rendu plus timide qu'ils ne pouvaient l'être.
J'ai tatoué des personnes qui m'ont avoué que c'était la première fois qu'ils parlaient de “ça” à quelqu'un ...

coeur grotte dessin tatoueur olivier poinsignon soun atelier

A la manière d'acteurs cherchant à se mettre dans le rôle de leur personnage, j'ai compris que je devais le temps d'une ou plusieurs sessions m'ouvrir aux personnes qui viennent vers moi. J'ai compris que je devais surtout leur faire de la place dans ma vie de la manière la plus honnête, même si c'est tout petit. Pour entrer en dialogue et sublimer les projets que l'on attend de moi, j'ai appris instinctivement à me rapprocher des personnes qui viennent vers moi. Seulement en les laissant se rapprocher comme eux le ressentent. J'essaie de regarder chaque personne comme elle a besoin que je la regarde (et là je prétends pas que j'y parviens toujours) et quand je vois que je peux me laisser aller face à une muse ... tout vient plus facilement. 

" Celui qui n'a jamais été amoureux ne peut comprendre cela mais tous les autres savent que l'on est plus créatif quand on a envie de plaire à quelqu'un en amour ou en amitié. "

J'ai d'ailleurs pensé à demander d'être payé avant de commencer les sessions de tatouage pour rendre cet événement le plus fluide possible. Écarter le moment où je demande de l'argent dès le début pour pouvoir justifier l’honnêteté de ce moment et ne pas se parasiter avec l'aspect mercantile. Mais en y réfléchissant j'ai compris que le paiement est une ponctuation importante symbolisant la première nature de notre échange : nous avons besoin l'un de l'autre. Même si je n'aime pas le système économique dans lequel nous vivons, je ne l'ai pas assez étudié pour le contrer efficacement sur la durée. Et je ne sais pas si un système communiste me permettrait d'être tatoueur comme je l'entends. Je n'ai donc plus peur de demander de l'argent pour ce que je fais même si j'en tire des bénéfices plus grands que de payer mon loyer. Et ceux que j'ai tatoués ces dernières années ont tous entendu cette phrase en me payant : "merci d'être venu vers moi, c'est un privilège de pouvoir vivre en faisant cette activité".

Après tout ça, même si je préfère le statut de mécène, je ne trouve plus le mot client péjoratif pour parler des personnes avec qui je travaille. Je suis attaché à mes clients, parfois je m'autorise à être sincèrement “amoureux” d'eux le temps d'une séance, puis je les laisse repartir tout comme j'ai besoin de continuer ma route. Et aussi parfois je dois les chasser de ma tête pour ne pas piétiner. Et même s'il est évident qu'une nouvelle rencontre bénéficiera de familiarité passée, nous ne nous devons rien sur la durée si ce n'est que le respect d'un souvenir partagé auquel nous avions tous besoin. Le souvenir d'un geste...

lost in translation article tatouage le petit geste

*n'allez jamais croire que cela est facile. 
Certaines séances sont comme des cocons fragiles à toucher avec précaution. Ces cocons ont lieu d'exister en souvenir seulement à travers le temps porté du tatouage. Faites tout de même attention à vous et à vos émotions, n'oubliez pas d'apporter votre raison avec vous en allant vous faire tatouer.